Renforcer la formation des acteurs aux effets psychologiques de la traite et aux besoins spécifiques des victimes permet une prise en charge adaptée, centrée sur les traumatismes vécus. Des initiatives de formation ont déjà été mises en place, mais leur poursuite et leur approfondissement permettraient d’améliorer davantage encore l’accompagnement des professionnels. Une meilleure compréhension des réactions éventuelles des victimes favorise effectivement un meilleur accompagnement et le renforcement de leur confiance envers les intervenants. Des thématiques telles que les aspects psychologiques liés à la victimisation dans le cadre de la traite des êtres humains, les dimensions culturelles ou encore les techniques d’audition adaptées aux victimes vulnérables constituent des contenus de formation particulièrement pertinents.

Des exemples de bonnes pratiques existent. Parmi celles-ci figurent les formations que le parquet fédéral, conjointement avec DJSOC, a déjà organisé à destination de la PJF, des services de police et d’inspection de première ligne, ainsi que des magistrats, afin de faciliter la reconnaissance des victimes présumées de traite et d’éviter leur revictimisation lors des constatations préliminaires. Les centres d’accueil spécialisés interviennent également au sein des écoles de police, en mettant l’accent sur les types de victimisations et les approches adaptées. Dans une cellule EVA (Emergency Victim Assistance) d’une zone de police bruxelloise, les enquêteurs sont titulaires du brevet du réseau TAM (Techniques d’audition de mineurs) et de certificats en Victimologie et psychotraumatologie et en Approche multidisciplinaire des maltraitances infanto-juvéniles, et ont été formés aux questions de genre. Ils assurent à leur tour la formation des inspecteurs des CPVS (Centres de Prise en charge des Violences Sexuelles). Les cellules EVA réalisent la première audition lors du dépôt de plainte des victimes de violences sexuelles et intrafamiliales et, en cas de besoin, des victimes de traite, surtout aux fins d’exploitation sexuelle. Leurs objectifs sont d’améliorer la qualité de l’accueil des victimes, de prévenir leur victimisation secondaire et de réaliser une audition aussi complète que possible. Les cellules EVA ne disposent pas encore de cadre juridique spécifique et existent uniquement dans l’arrondissement bruxellois, mais leur extension au plus grand nombre de zones de police possible est prévue dans l’accord de coalition fédérale474. Une formation a par ailleurs été organisée par l’ONG Pacific Links Foundation à l’intention des différents acteurs concernés, sur le contexte spécifique des victimes vietnamiennes.

Le recrutement de policiers maitrisant la langue des victimes ou ayant une connaissance approfondie de leur culture représente également une plus-value facilitant la prise de contact avec ces dernières. Par exemple, la « Team Africa » de la police judiciaire fédérale de Bruxelles est une équipe menant des enquêtes exclusivement sur le milieu nigérian de la prostitution. Dans le même esprit, une zone de police locale bruxelloise a engagé des policiers parlant espagnol ou portugais afin d’approcher plus aisément les victimes présumées de traite originaires d’Amérique latine.

Enfin, renforcer les collaborations et les partenariats entre les services de première ligne et divers acteurs formés, voire spécialisés, à la prise en charge des victimes (de traite) constitue un bon moyen d’assurer leur orientation adéquate, d’échanger des bonnes pratiques et d’assurer une prise en charge adaptée qui réponde à leurs besoins spécifiques.

Un exemple de partenariat existant dans le domaine des violences sexuelles est le réseau mis en place autour d’une cellule EVA d’une zone de police bruxelloise. Ce réseau regroupe le Centre de Prise en charge des Violences Sexuelles (CPVS) de Bruxelles, le Centre de Prévention des Violences Conjugales et Familiales (CPCVF ASBL), SOS Viol, un centre spécialisé dans l’accueil des victimes de traite ainsi que divers avocats formés à la prise en charge de victimes de telles violences.