Myria publie une première cartographie des données chiffrées relatives aux victimes mineures de la traite et du trafic d'êtres humains

Le rapport dresse un état des lieux des chiffres disponibles concernant les victimes mineures de la traite et/ou de trafic d'êtres humains en Belgique. Il accorde une attention particulière aux groupes à haut risque et aux victimes enregistrées, sur la base des données du Service des Tutelles, de Fedasil, du Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides (CGRA), de l'Administration générale de l'Aide à la jeunesse, de Child Focus, d'Esperanto, de Minor-Ndako et des centres spécialisés Sürya, Payoke et PAG-ASA.

Une réponse à une recommandation de la Commission parlementaire spéciale

En 2023, la Commission parlementaire spéciale sur la traite et le trafic des êtres humains a appelé à accorder une attention particulière aux victimes mineures, notamment sous la forme de statistiques améliorées. Avec ce rapport, Myria vise premièrement à rassembler les données chiffrées disponibles relatives aux victimes mineures de la traite et/ou du trafic d’êtres humains pour la période 2015-2024 ; deuxièmement, à analyser les faiblesses et les forces actuelles en matière d'enregistrement des données et enfin, à présenter les données collectées.

Principales tendances chiffrées

Nombre élevé de mineurs non accompagnés (disparus)

La situation précaire des mineurs non accompagnés (MNA) augmente leur vulnérabilité à être ou à devenir victimes d'exploitation. Au cours de la période 2015-2024, 43.257 personnes au total ont été signalées pour la première fois au Service des Tutelles en tant que MNA. Au cours des dernières années (2021-2024), le Service des Tutelles a enregistré en moyenne 758 MNA disparus par an, dont environ 15 % de disparitions considérées comme inquiétantes, sans qu'il soit possible de déterminer si la disparition était liée ou non à la traite ou au trafic d'êtres humains.

Au cours de la période 2022-2024, Child Focus a reçu 144 signalements de disparitions inquiétantes de MNA. Ces disparitions ont été jugées particulièrement inquiétantes en raison du jeune âge (<13 ans) du mineur, de la présence de tiers représentant une menace potentielle pour l'intégrité du mineur ou parce que le mineur disparu était potentiellement victime d'une infraction (telle que la traite et/ou le trafic d'êtres humains).

Exploitation sexuelle et séjour dans un centre d'aide à la jeunesse

Plus de la moitié (125 ; 55 %) des 228 signalements d'« exploitation sexuelle de mineurs dans la prostitution » reçus par Child Focus entre 2022 et 2024 concernaient des jeunes qui, au moment de l'exploitation sexuelle, séjournaient dans un établissement de l'Aide à la jeunesse. Dans la grande majorité de ces signalements, il existait des indices concrets de l'implication d'un proxénète dans l'exploitation sexuelle de la victime mineure (159 ; 70 %).

Victimes enregistrées dans les centres d'accueil et d'accompagnement spécialisés

Esperanto, le centre spécialisé en Wallonie pour les victimes mineures de la traite des êtres humains, du trafic d'êtres humains et des violences liées à l'honneur, a accueilli 225 jeunes entre 2015 et 2024 ; 142 (63 %) d'entre eux étaient présumés victimes de traite et/ou de trafic d'êtres humains avec circonstances aggravantes. Meza, qui se concentre principalement sur l'accueil de filles mineures non accompagnées âgées de 14 à 18 ans présumées victimes de traite des êtres humains, a accueilli 35 victimes de traite et/ou de trafic d'êtres humains entre 2022 et 2024. Les trois centres spécialisés ont quant à eux accompagné 110 victimes mineures entre 2015 et 2024, dont la majorité étaient victimes de traite des êtres humains (68 %). Dans l'ensemble des cinq organisations, il s'agissait principalement de victimes d'exploitation sexuelle, de criminalité forcée, d'exploitation économique ainsi que de victimes de trafic d'êtres humains. Les victimes d'exploitation sexuelle étaient principalement de nationalité belge, nigériane ou roumaine. Parmi les victimes de trafic d’êtres humains, il s'agissait principalement de jeunes de nationalité vietnamienne, irakienne ou afghane. La grande majorité des victimes de traite étaient des filles. Environ deux victimes de trafic d'êtres humains sur trois étaient des garçons.

Défis et recommandations

Obstacles à une vision plus holistique et valeur ajoutée potentielle du (re)développement des systèmes d'enregistrement des données existants

Afin d'améliorer la qualité des données chiffrées actuellement disponibles, il serait souhaitable d'évaluer les systèmes d'enregistrement des données existants et, si les moyens le permettent, de les adapter si nécessaire. À l'heure actuelle, plusieurs facteurs, dont l'existence de données fragmentées et regroupées, constituent un obstacle important à l'obtention d'une image plus holistique. L'élaboration d'un système d'enregistrement des données plus complet et harmonisé et de définitions uniformes pour toutes les organisations, dans lequel des données anonymes au niveau individuel sont disponibles, pourrait constituer une première réponse à ce défi.

La nécessité d'une capacité d'accueil accrue et diversifiée pour les victimes mineures

Plusieurs interlocuteurs ont souligné le besoin supplémentaire de lieux d'accueil spécialisés, petits, sécurisés et ciblés, notamment pour les MENA, les mineurs étrangers non accompagnés (de sexe masculin) et les victimes (belges) d'exploitation sexuelle par le biais de la méthode du « loverboy ». Il est donc essentiel d'augmenter le nombre de structures d'accueil spécialisées pour ces groupes cibles spécifiques. Cela va dans le sens de l'intention du gouvernement fédéral, exprimée dans l'accord de gouvernement fédéral, de mieux protéger et accompagner les mineurs victimes de traite des êtres humains. Il est notamment fait référence à la création d'une structure d'accueil séparée et sécurisée pour les MENA.

Toutefois, afin que le séjour dans ces espaces spécialisés, souvent sécurisés, ne dure pas plus longtemps que nécessaire, il convient de garantir un transfert vers l'aide à la jeunesse ordinaire de manière tout aussi rapide et fluide. Cela nécessite de remédier à la pénurie criante de places d'accueil dans le cadre de l'aide à la jeunesse ordinaire.

Contact presse

Vanessa Fusco • 02 212 31 16 • vanessa.fusco@myria.be

Joris Delporte • 02 212 30 62 • joris.delporte@myria.be